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CONGRÉGATION DES SACRÉS CŒURS
de JÉSUS et de MARIE
Gouvernements généraux des Frères et Soeurs, Rome

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ENTRETIEN avec Jean Blaise Mwanda sscc

 

« La culture de la protection et de la prévention »

Thomas Sukotriraharjo et Jean Blaise Mwanda ont participé à la réunion sur la « création d'une culture de protection et de prévention », organisée à Rome par l'Union Internationale des Supérieurs Généraux (UISG) et l'Union des Supérieurs Généraux (USG). Nous avons discuté avec eux de quelques questions sur ce sujet important.

JEAN BLAISE MWANDA sscc

Sur la culture de la protection et de la prévention des abus, quel est l'accompagnement concret des victimes ?

Je pense que le moment le plus fort de notre formation à Fraterna Domus était le témoignage de deux victimes/ survivants des abus sexuels. L’homme était abusé à son adolescence. La femme était une ex religieuse abusée à l’âge adulte. En racontant leur histoire, ils avaient besoin d’être écoutés. Chaque fois qu’ils racontent leur triste et douloureuse expérience, c’est une thérapie pour eux. La qualité de l'écoute est la voie vers la guérison des blessures. C‘est un exercice très émouvant pour eux-mêmes, ceux qui ont témoigné (50 ans après, mais comme si c’était hier), mais aussi et surtout pour ceux qui écoutent (comment cela est-il possible ?). C’est une écoute affective et effective. C’est vraiment l’art d’écouter sans juger.

Juste après ces témoignages, j’ai été très touché et honteux de regarder mes collègues de table. Cela a provoqué un silence de mort dans l’assemblée. « Parfois pour consoler celui qui pleure, il faut pleurer avec lui, dit un proverbe africain ». Je crois que c’était le moment de clique en moi. Il y a eu un changement de regard sur ce phénomène des abus dans l’église en moi. C’est ça le point de départ de création de culture de la protection et de la prévention des abus. La prise de conscience de cette réalité qui vient à travers l’écoute des victimes. Pour être concret, il faut écouter, accompagner, réparer ou compenser, intégrer des victimes dans la société et créer un environnement sûr pour tous. Que cette expérience honteuse ne répète plus dans l’église.

Lorsque quelqu'un est accusé, avant l'enquête, il faut tenir compte de la présomption d'innocence. Comment faire avec les frères qui sont accusés en tenant compte de cette présomption d'innocence ?

Pour le cas du frère accusé avant et pendant l’enquête, il a la présomption d’innocence. On attend la fin de ce processus qui dure très longtemps. Le frère est retiré de son ministère pour raisons de ces investigations. Il reste dans une communauté avec ses frères. On nous a posé quelques questions pertinentes et percutantes : Que faites-vous avec le frère accusé ? Avez-vous un plan d’accompagnement pour lui ?

Le silence dans la salle dit tout. Nous ne faisons rien. Généralement, le frère accusé est déjà condamné avant l’enquête par les autres frères de la communauté. Il a souillé l’image de l’institution et nous n’avons plus de crédibilité. C’est à partir de là que commence le calvaire pour le frère accusé, mais en présomption d’innocence. Il devient comme une balle de ping pong, il passe de communauté en communauté. C’est très difficile de partager la vie avec lui. Il est déjà archivé. C’est comme si la prédication de la miséricorde de Dieu que nous faisons, est seulement en dehors de nos communautés et non entre nous. Cela provoque l’isolement de frère accusé, avec le grand risque de tomber dans l’alcoolisme, distorsions cognitives et voire même l’abandon.

De la même manière que j’écoute et accompagne les victimes/survivants des abus, je dois aussi écouter et accompagner le frère accusé en présomption d’innocence. On doit s’occuper de sa vie spirituelle et élaborer un plan d’accompagnement. Participe-t-il à la liturgie des heures ? Participent-ils à la messe ou à l’adoration ? Y a-t-il un accompagnateur spirituel, psychologique ou psychiatrique ? C’est un moment de crise et complexe pour tous. Il faut écouter et accompagner.

Que pourrions-nous appliquer de la culture de la protection et de la prévention dans le contexte africain ?

Dans le contexte de la RD Congo et de Mozambique, je pense que nous sommes en train de faire le chemin par rapport à cette réalité des abus dans l’église. Ce n’est plus le temps de dire que ça ne nous concerne pas. C’est l’affaire des autres, pas nous. Cela dépend là où nous regardons pour faire de telles affirmations. C’est un phénomène transculturel. C’est le moment d’ouvrir nos yeux et nos cœurs pour voir ce qui passe en nous et autour de nous. Il nous faut du courage pour faire de la crise une opportunité d’embrasser aussi cette réalité honteuse des abus à travers l’écoute et l’accompagnement des victimes et de frère accusé en présomption d’innocence. C’est à travers nos plaies, nos blessures, nos fragilités et nos vulnérabilités que nous arrive le salut de Dieu.

 

19/02/2024