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Noël, un autre regard

Depuis 5 ans qu’elle existe, l’équipe liturgique de la paroisse Saint Antoine (Charleroi Ville-Basse) a essayé de fêter Noël sans dorure ni angelot, mais dans le quotidien de la vie humaine. Dans notre ville multiculturelle, tous doivent se sentir à l’aise, surtout les plus fragiles. C’est pourquoi nous avons mis successivement à l’honneur l’Asie, l’Afrique, l’Amérique Latine, continents d’origine de multiples migrants, et la terre entière avec ses réalités : pauvreté, injustice, souffrances, mais aussi compassion, espoirs et foi.
 
Cette année, nous sommes retournés à la source, si l’on peut dire, c’est-à-dire à Bethléem. Cela se décida naturellement, suite à un pèlerinage en Terre Sainte organisé par le Mouvement Chrétien pour la Paix avec des participants de notre paroisse. Les pèlerins y ont rencontré des hommes et des femmes des deux camps aspirant et travaillant de toutes leurs forces et de tout leur cœur à l’avènement d’une paix juste, sur une terre martyrisée par la folie des puissants. Un peuple qui a connu le pire dans les camps nazis s’est vu proposer par l’ensemble des Nations une terre… déjà occupée par un autre peuple. Dès le début, le premier a chassé le second pour s’approprier de larges parts du territoire qui lui avait échappé. On sait maintenant que ce fut délibéré. Depuis trois générations, des milliers de Palestiniens vivent dans des camps de réfugiés. Trois millions deux cent quarante mille autres sont pris au piège sur une surface qui correspond à 12 % de l’ancienne Palestine.
 
Nous pensions avoir vécu la fin des murs de la haine et de l’exclusion avec la destruction du mur de Berlin et la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, nous voyons s’édifier et s’étendre un nouveau mur, censé séparer Palestiniens et Israéliens, bâti sur les terres mêmes du peuple palestinien avec l’appropriation par Israël des terres « sauvagement » colonisées par sa population. On n’a jamais vu cela.
 
Nous avons donc vécu Noël à Bethléem, ville entourée par le mur, accessible par des « check points » contrôlés par l’armée israélienne et ouverts ou fermés selon le bon plaisir des occupants.
 
A l’entrée de l’église, un écriteau avertissait les chrétiens : « Préparez votre passeport… ». Le passeport consistait en un feuillet plié en deux, à l’intérieur duquel était reproduit un petit article du Monde Diplomatique : « Emmurés de Palestine » traitant de la réalité du mur et ses conséquences. Il était distribué à chaque arrivant.
 
La crèche, vide encore de l’Enfant, était installée devant un mur dont une partie était démontable. Derrière le mur un paysage sablonneux où l’on devinait un bel olivier. Un cerf-volant y montait et une colombe y volait, un rameau dans le bec : on n’étouffe jamais définitivement le désir de liberté et de paix. Des pierres parsemaient l’espace où se trouvaient les personnages en attente du « Prince-de-la-paix », ainsi que des feuillets de prière et d’explication.
 
Un « power point » introduisit la fête, commenté par Jacqueline Delcorps et réalisé avec ses photos prises lors du pèlerinage. Les enfants, installés autour de l’autel, portaient le foulard palestinien.
 
J’ai parlé d’une partie du mur démontable, réalisée avec des briques en frigolite. Sur chaque brique était collé un papier portant le mot « paix » en français, en néerlandais, en allemand, en anglais, en hébreu et en arabe. Après l’homélie, dans laquelle le Père Claude expliquait le sens de ce Noël en Palestine, les personnes présentes furent invitées à venir à la crèche déposer leur offrande et recevoir en échange une brique de la paix à ramener chez elles. Très peu furent abandonnées dans l’église après l’eucharistie.
 
Comme le veut la coutume, nous avons partagé le verre de l’amitié et nous avons pu acheter des produits palestiniens vendus par un bénévole d’Oxfam.
 
Nous sommes heureux, car nous avons vu avec quel sérieux notre projet a été accueilli par nos frères et sœurs présents. Nous espérons qu’ils n’oublieront pas de Noël 2007, vécu en communion avec d’autres frères et sœurs lointains, surtout les prisonniers de Bethléem, enfermés dans leur ville par un mur qui, lui, ne comporte pas de brèches.
 
Les humains bâtissent des murs de haine, d’arrogance, de peur. Puissent-ils, ensemble et avec la grâce de Dieu, les démolir définitivement, dans le respect de la dignité et du droit de chacun à occuper une place, sa place, sur notre terre commune.
 
Cette année, Jésus était Palestinien…
 
Michèle CHARLES-SALMON

(30/01/2008)

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